Les établissements sociaux et médico-sociaux (ESSMS) font face à de nombreux défis : charge de travail intense, pénurie de personnel, stress et risques de burn-out. Dans ce contexte, la qualité de vie au travail (QVT) devient un enjeu majeur, tant pour le bien-être des professionnels que pour la qualité de l’accompagnement.
En effet, en 2021, selon l’étude RH de Nexem, l’association des employeurs du secteur du handicap mental et la FEHAP, l’association des employeurs du secteur du handicap mental et les représentants des établissements d’hospitalisation et rééducation, 5 % des postes en ESSMS étaient non pourvus, et 93 % des structures manquaient de soignants. Ce manque de stabilité fragilise les équipes et interroge les modèles organisationnels.
Dans cet article, nous reviendrons sur l’évolution de la QVT vers la QVCT (qualité de vie et des conditions de travail), et sur les leviers concrets à mobiliser en ESSMS. Un prochain article sera consacré à la mise en place d’une démarche QVCT en ESSMS. Pour ne pas le manquer, inscrivez-vous à notre newsletter !
REPLAY WEBINAIRE
QVCT en ESSMS : améliorer la qualité de vie au travail pour mieux accompagner les personnes
Animé par Aziz EL QOMRI,
consultant et formateur GePI Conseil
Qu’est-ce que la qualité de vie au travail (QVT) ESSMS ?
La notion de qualité de vie au travail (QVT) émerge pour la première fois dans les années 1970, sous l’impulsion de réflexions internationales sur les conditions de travail. Si les approches ont varié d’un pays à l’autre, un consensus s’est peu à peu installé autour d’une vision globale, intégrant à la fois le bien-être individuel des salariés et la performance collective des organisations.
En France, c’est l’accord national interprofessionnel (ANI) de 2013 qui a posé un cadre clair :
Si ce plan de contrôle cible aujourd’hui les EHPAD, il est amené à s’étendre progressivement à l’ensemble des établissements médico-sociaux, dans une volonté de renforcer la qualité et la sécurité de tous les accompagnements.
« La QVT représente toutes les actions qui visent à améliorer les conditions dans lesquelles les salariés exercent leur activité professionnelle. Elle se base sur la possibilité de bien faire son travail dans un environnement sain, respectueux et stimulant. »
Cette définition recouvre plusieurs dimensions :
- L’organisation et les conditions de travail
- L’ambiance de travail
- L’équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle
- La reconnaissance et l’égalité de traitement (notamment entre les femmes et les hommes)
- Le dialogue social
- La recherche de sens
La QVT ne se limite donc pas au bien-être individuel ; elle est aussi un levier de performance collective, en particulier dans les secteurs comme les ESSMS, où l’engagement des équipes conditionne la qualité de l’accompagnement.
Ainsi, la définition de l’ANI se poursuit par :
« La QVT […] permet de renforcer la cohésion et l’engagement des salariés, afin d’améliorer la qualité de vie au travail et d’augmenter la compétitivité de l’organisation dans les secteurs qui s’y prêtent. Elle suit une démarche de dialogue social constructif, où tous les acteurs de l’entreprise font de leur travail un vecteur de sens, de cohésion et d’innovation. »
On retrouve donc dans cette définition une double dimension :
- Individuelle car elle touche à tous ce qui est le bien-être personnel de chaque salarié.
- Collective car elle aborde le sujet de la cohésion d’équipe, du climat social ou encore la performance globale de la structure.
De la QVT à la QVCT en ESSMS : Pourquoi un changement de terminologie ?
Les limites de la QVT
Pendant de nombreuses années, le terme QVT (qualité de vie au travail) désignait l’ensemble des actions visant à améliorer le bien-être des salariés. Mais cette appellation parfois se limiter à des aspects périphériques du travail, comme les horaires ou les espaces de détente. Des éléments importants, certes, mais souvent perçus comme secondaires face aux réalités du travail.
C’est dans cette optique qu’a émergé le terme QVCT, pour qualité de vie et des conditions de travail. Ce changement ne relève pas d’un simple ajustement lexical : y a une intention explicite de recentrer les efforts sur le contenu même du travail. Il s’agit de se concentrer sur :
- Le cœur des missions et tâches quotidiennes
- L’organisation du travail et son efficacité
- Les moyens matériels et humains mis à disposition
- Les marges d’autonomie laissées aux professionnels
- La qualité des relations professionnelles et la coopération au sein des équipes
Lorsque l’on parle de « conditions de travail » on entend non seulement le rythme, les objectifs, les outils utilisés, mais aussi les exigences de la fonction, le soutien disponible, et la reconnaissance accordée au travail accompli. Autrement dit, il ne s’agit plus seulement de proposer des ajustements superficiels, mais bien d’engager une transformation des pratiques managériales et organisationnelles.
De l’ANI de 2020 à la loi du 2 août 2021 : un cadre structurant pour la QVCT
Face aux limites observées dans l’application du concept de QVT, l’accord national interprofessionnel (ANI) du 9 décembre 2020 marque une étape décisive : il acte officiellement le passage de la QVT à la QVCT, soit la qualité de vie et des conditions de travail.
Les objectifs étaient :
- Renforcer la prévention des risques professionnels et étendre leur champ.
- Cela inclut les risques liés à l’exposition à des substances dangereuses comme l’amiante, dont l’inhalation provoque des cancers graves, tels que le mésothéliome. La prévention passe par l’identification des matériaux à risque, des procédures de sécurité strictes et une formation adaptée des professionnels exposés.
- Améliorer l’efficacité du dialogue social autour de la santé, de la sécurité et des conditions de travail.
- Faire évoluer la QVT vers un cadre plus concret axé sur le travail réel, en dépassant les seules mesures de confort périphériques.
Ce texte vient établir un lien structurant entre prévention et qualité de vie au travail. La QVCT s’inscrit désormais dans une politique globale de prévention, pensée comme un véritable levier de transformation des pratiques managériales et organisationnelles.
QVCT ESSMS : zoom sur les différents types de risques professionnels
Dans cette politique de prévention on accorde une place importante :
- La prévention des risques psychosociaux : stress, surcharge émotionnelle, isolement ou épuisement professionnel, santé mentale.
- La prévention des violences verbales et/ou physiques, qu’elles soient internes (entre collègues) ou liées à la relation avec les usagers.
- Harcèlement moral
- La prévention des risques infectieux et sanitaires : maîtrise de l’hygiène, gestion des contaminations croisées, protection des professionnels…
- La HAS (haute autorité de la santé) publie régulièrement des guides, référentiel ….
- La prévention de la désinsertion professionnelle : accompagnement des parcours, adaptation des postes, maintien en emploi des professionnels en situation de fragilité
Cette vision se concrétise dans la loi du 2 août 2021 , entrée en vigueur en 2022, qui officialise la QVCT et marque le passage d’une logique de réparation à une prévention active.
Ce qu’il faut retenir – Concrètement, que dit la loi ?
- Renforcement du DUERP (Document unique d’évaluation des risques professionnels)
- Mise à jour annuelle obligatoire, quel que soit l’effectif de l’entreprise
- Intégration d’un programme annuel de prévention
- Conservation pendant 40 ans et accessible aux salariés et représentants
- Création d’un passeport de prévention
- Outil numérique recensant toutes les formations suivies en santé, sécurité et prévention
- Facilite le suivi des compétences des salariés
- Désignation d’un référent QVCT
- Obligatoire dans les entreprises de plus de 250 salariés
- Il pilote les actions de prévention et qualité de vie au travail
- Élargissement des missions du CSE (Comité Social et Économique)
- Il participe à l’évaluation des risques, aux projets d’aménagement ou encore à la prévention des risques professionnels.
Formation – Mettre en oeuvre une démarche QVCT en ESSMS
Développez les compétences nécessaires pour piloter et pérenniser une démarche QVCT en ESSMS, tout en impliquant vos équipes et en améliorant les conditions de travail.
🗣️Animée par Aziz El Qomri, consultant et formateur chez GePI Conseil
Les différentes dimensions de la QVCT appliquées aux ESSMS
Après avoir exploré les évolutions législatives majeures qui encadrent désormais la QVCT, il est essentiel de comprendre les différentes dimensions qui composent cette approche globale.
Dimension n°1 : Organisation, contenu et réalisation du travail
Cette première dimension aborde la manière dont le travail est organisé, structuré et vécu par les équipes.
Son application dans les ESSMS :
- La réduction du taux d’occupation, afin de limiter le nombre de personnes accompagnées par un professionnel et de prévenir les situations de surcharge et d’épuisement.
- Clarifier les rôles et responsabilités de chaque professionnel (soignants, éducateurs, aides-soignants, etc.).
- Gérer la charge de travail souvent impactée aux contraintes de personnels et aux urgences.
- Offrir des marges de manœuvre aux salariés dans la réalisation de leurs missions, afin qu’ils puissent améliorer leurs pratiques.
Ainsi dans un Ehpad, repenser l’organisation des soins pour limiter les interruptions de tâches (ex : appels téléphoniques pendant un soin) favorise la concentration, réduit le stress et améliore la qualité de la prise en charge des résidents.
Dimension n°2 de la QVCT en ESMMS : Projet d’établissement et management
La qualité de vie au travail s’appuie sur un projet d’établissement clair et partagé, porté par un management qui donne du sens, mobilise et soutient les équipes.
Dans les ESSMS, cela signifie :
- Une vision commune des valeurs d’accompagnement
- Des temps d’échange avec la direction
- Une reconnaissance du travail accompli
Dimension n°3 : Égalité au travail
La QVCT garantie l’égalité de chances et de traitements, quel que soit le profil du salarié.
Cela passe par :
- Une politique RH attentive aux écarts de traitement entre femmes et hommes
- L’intégration des personnes en situation de handicap
- La prévention des discriminations
C’est le cas par exemple pour un foyer de vie qui adapte les horaires et les postes pour permettre le maintien en emploi d’un agent technique en situation de handicap moteur favorise à la fois l’inclusion, son efficacité et sa fidélisation.
Dimension n°4 – Dialogue professionnel et dialogue social
Le dialogue autour du travail réel est un levier d’amélioration important. Il repose sur :
Son application dans les ESSMS :
- La mise en place de temps de débriefing collectif, pour soutenir les professionnels confrontés à des situations émotionnellement lourdes.
- Des espaces d’expression pour les salariés (réunions d’équipes, groupe de parole…).
- Un dialogue social actif avec les représentants du personnel. Certains établissements ont mis en place un « formulaire Sapin », un outil de signalement confidentiel permettant aux professionnels de faire remonter des situations de mal-être, de surcharge ou de dégradation des conditions de travail.
- Ce type de dispositif favorise une écoute active des signaux faibles et s’inscrit dans une démarche de prévention des risques psychosociaux.
- Une co-construction des réponses aux difficultés rencontrées
Pour visualiser, dans un service d’aide à domicile, la mise en place de réunions mensuelles entre aides à domicile et encadrement permet d’ajuster les tournées, d’identifier les situations complexes et d’améliorer les conditions d’intervention.
Dimension n°5 – Compétences et parcours professionnels
Favoriser le développement professionnel des salariés contribue à leur motivation, leur employabilité et leur implication.
Dans les ESSMS :
- La formation continue est essentielle pour s’adapter aux évolutions du secteur
- Les perspectives d’évolution (coordinateur, cadre, formateur…) doivent être claires
- Création d’un passeport de prévention
- Le suivi régulier via les entretiens professionnels est primordial
Pour le faire, une structure d’insertion peut proposer à ses encadrants techniques une VAE (validation des acquis d’expérience) pour obtenir un diplôme dans l’animation ou le social valorise leur expérience tout en structurant leur parcours.
Dimension n°6 – Santé au travail et prévention
Assurer la santé physique, mentale et psychique des professionnels est une base incontournable de la QVCT. Cela comprend :
- La prévention des risques professionnels (TMS, violences, stress…)
- Renforcement du DUERP
- La sécurité des locaux et équipements
- Le soutien psychologique des équipes exposées à des situations difficiles
La mise en place d’un accompagnement psychologique post-événement (agression, décès…) pour les équipes permet de prévenir l’usure professionnelle.
Nos articles en lien avec la démarche qualité en ESSMS
