La prévention des risques professionnels est une obligation pour tout employeur, garantissant la santé et la sécurité des travailleurs.
Un risque professionnel est l’éventuelle rencontre entre un travailleur et un danger. Le danger est défini par l’INRS comme « la propriété ou capacité intrinsèque d’un équipement, d’une substance, d’une méthode de travail, de causer un dommage pour la santé des travailleurs ».
Il est imposé aux établissements de réaliser l’évaluation des risques professionnels et de la formaliser dans un document unique (support papier ou informatique). Il s’agit du DUERP (Document Unique d’Évaluation des Risques Professionnels) il formalise cette évaluation et permet de définir des actions de prévention adaptées. Pourtant, en 2019, seulement 46 % des établissements déclaraient avoir un DUERP à jour, soulignant les défis liés à son élaboration et à son actualisation.
L’objectif de cet article est d’examiner en détail les obligations liées à ce document, son contenu, les modalités de mise à jour et d’accès, ainsi que son importance spécifique dans le secteur des ESMS.
Lexique des risques professionnels
Danger : Source ou situation susceptible de provoquer un dommage.
Risque : Combinaison de la probabilité de survenue d’un événement dangereux et de la gravité de ses conséquences.
Dommage : Atteinte à la santé ou à la sécurité d’une personne.
Événement indésirable (EI) : Événement non souhaité survenu au cours d’une activité et pouvant entraîner un dommage pour une personne accompagnée ou un professionnel.
Gravité : Importance des conséquences d’un événement sur la santé ou la sécurité.
Qu’est-ce que le DUERP ?
Le document unique (DUERP) est obligatoire depuis le décret n°2001-1016 du 5 novembre 2001. Il concerne toutes les entreprises dès l’embauche du premier salarié. Ce document unique recense et analyse les risques professionnels auxquels sont exposés les travailleurs et constitue la base de la démarche de prévention des risques professionnels. Il vise à identifier et à réduire les dangers, tout en améliorant les conditions de travail des salariés.
L’évaluation des risques constitue un premier élément de la démarche globale de prévention, son objectif est d’améliorer les conditions de travail des salariés en planifiant des actions adaptées.
Le DUERP doit être élaboré par l’employeur, en concertation avec les instances représentatives du personnel, le service de santé au travail et les salariés concernés. Il est un outil clé pour instaurer une culture de la prévention et assurer un cadre de travail sécurisé et sain.
A quoi sert le DUERP ?
Protéger la santé des salariés
Évaluer les risques inhérents à l’activité de l’entreprise/association
Éviter les accidents du travail/maladies professionnelles
Le contenu du DUERP
Le DUERP doit comporter :
Un inventaire des risques par unité de travail :
Le DUERP doit recenser l’ensemble des risques professionnels identifiés dans chaque unité de travail, en tenant compte de critères tels que la localisation, les métiers ou les postes de travail. La constitution des unités de travail se fait en fonction des activités exposant les salariés à des dangers communs.
L’employeur, compte tenu de la nature des activités de l’établissement, évalue les risques pour la santé et la sécurité des travailleurs, notamment dans :
Le choix des équipements de travail et des substances utilisées ;
L’aménagement ou le réaménagement des locaux ;
L’organisation du travail ;
La définition des postes de travail.
Mais quels sont les 4 types de risques ?
Dans les Établissements et Services Médico-Sociaux, la prévention des risques est indispensable en raison de l’exposition des professionnels à de nombreux facteurs de risques, tant physiques que psychologiques :
Les troubles musculo-squelettiques (TMS) liés aux manutentions des patients et au travail en station debout prolongée.
Les risques psychosociaux (RPS) dus à la charge émotionnelle, au stress organisationnel et aux relations interpersonnelles complexes.
Les risques infectieux et biologiques, fréquents en EHPAD et établissements de soins, nécessitant des protocoles stricts de prévention des infections.
La définition des postes de travail.
Les mesures de protection associées
Pour chaque risque identifié doit être associé une mesure de prévention concrètes, visant à réduire ou supprimer ce risque. Ces mesures de protection peuvent inclure :
Des actions de formation et de sensibilisation à destination des salariés.
Des investissements matériels ou des aménagements
La mise en place de procédure spécifiques pour encadrer les pratiques à risque comme par exemple la procédure de gestion des chutes des résidents.
Mise en place et mise à jour du DUERP
L’élaboration du DUERP
Il n’existe pas de modèle imposé par le code du travail. Le DUERP peut être réalisé sur papier ou dans un format numérique, à condition qu’il soit accessible et conservé dans le temps.
La rédaction et la mise à jour du DUERP sont de la responsabilité de l’employeur. Toutefois, il est fortement recommandé d’adopter une démarche participative. Pour cela, la création d’un groupe de travail est utile, incluant des représentants des salariés, des membres de l’encadrement, le référent santé-sécurité et, si possible, le service de santé au travail.
Les étapes pour l’élaboration de son DUERP :
Étape 1 – Identifier les unités de travail
Avant de repérer les risques, il faut d’abord découper l’établissement en unités de travail.
Une unité de travail regroupe des postes similaires ou des salariés exposés à des risques comparables. Par exemple :
- L’équipe soignante (aides-soignants, infirmiers)
- Le personnel d’entretien
- Le service administratif
- L’équipe cuisine et restauration
- Les animateurs
- Etc.
Cela permet d’avoir une analyse plus précise et ciblée des situations de travail et des risques associés à chaque fonction.
Étape 2 – Observer et repérer les risques
Cette étape consiste à analyser concrètement le travail réalisé au quotidien pour détecter les dangers potentiels.
Cela peut se faire par l’observation directe sur le terrain, des échanges avec les salariés, ou l’analyse d’accidents passés.
Il est essentiel de recueillir les retours du terrain : les observations des professionnels permettent d’identifier plus précisément les risques liés à leurs activités.
L’analyse peut s’appuyer sur :
- Les événements indésirables (EI),
- Les accidents du travail,
- Les plaintes et réclamations,
- Des enquêtes internes, notamment pour les risques psychosociaux,
- Des référentiels spécialisés (par exemple ceux de l’INRS),
- L’expérience d’autres établissements du territoire.
Étape 3 – Évaluer les risques
Une fois les risques repérés, il faut les évaluer. Cela signifie mesurer leur gravité, leur fréquence, et la probabilité qu’ils se produisent, en tenant compte des moyens de prévention déjà en place.
Gravité : bénin, sérieux, grave, très grave.
Probabilité : très peu probable, peu probable, probable, très probable.
Fréquence : rare, peu fréquent, fréquent, très fréquent.
Il existe des grilles d’évaluation de la gravité proposées par certains organismes (HAS, ministère, etc.)
Par exemple :
- Une chute avec un fort risque de blessure = gravité très probable
- Une tâche répétée tous les jours = fréquence probable
Il existe un lien étroit entre les événements indésirables (EI) et les risques professionnels. Un événement indésirable révèle souvent l’existence d’un risque insuffisamment identifié ou mal maîtrisé. L’analyse des EI permet donc d’alimenter et d’affiner l’évaluation des risques : on parle alors d’une évaluation “a posteriori”. À l’inverse, le DUERP vise une démarche “a priori”, en identifiant les risques avant qu’un dommage ne survienne. Les deux approches sont complémentaires et participent à l’amélioration continue de la prévention.
Étape 4 – Classer les risques
Après l’évaluation, les risques sont classés selon leur niveau de priorité : du plus critique au moins urgent.
Ce classement aide à décider par quoi commencer et où concentrer les efforts. Un outil visuel comme un tableau de cotation ou une matrice de criticité peut être utilisé pour faciliter cette étape.
Il est important de distinguer deux notions de fréquence :
- La fréquence d’un risque, qui correspond au nombre de fois où l’événement se produit sur une période donnée.
- La fréquence d’exposition, qui dépend des usages et des situations de travail, c’est-à-dire du nombre de fois où les professionnels sont exposés au danger, même si l’accident ne se produit pas systématiquement.
Cette analyse permet d’obtenir une hiérarchisation objective et structurée des risques. Un outil visuel comme un tableau de cotation ou une matrice de criticité peut être utilisé pour faciliter cette étape et rendre la priorisation plus lisible pour l’ensemble des parties prenantes.
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Évaluations
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Enquêtes
Réalisez des enquêtes en ligne et analysez les résultats
Plan d’actions global
Suivez toute l’activité dans un plan d’actions consolidé
Événements Indésirables
Déclarez, traitez et analysez les événements indésirables
GED
Partagez des documents pour tous les établissements
Tableau de bord
Évaluez, analysez et suivez les indicateurs
Réclamations
Enregistrez, traitez et analysez les réclamations
Risques
Réalisez l’évaluation des risques professionnels et usagers
Étape 5 – Prévoir des actions concrètes
Une fois les risques hiérarchisés, il est temps de proposer des actions de prévention pour réduire ou éliminer les risques. Ces actions peuvent être :
- Techniques : achat d’un lève-personne, installation de tapis antidérapants
- Organisationnelles : répartition des tâches, ajustement des plannings
- Humaines : formation, sensibilisation, accompagnement psychologique
- Procédurales : création de consignes claires, procédures de travail adaptées
Chaque action doit être suivie, planifiée dans le temps, et évaluée régulièrement pour vérifier son efficacité.
Sanctions en cas de non-respect
L’absence de DUERP ou son absence de mise à jour expose l’employeur à des sanctions :
- Une amende de 1 500 € pour une personne physique (pouvant aller jusqu’à 3 000 € en cas de récidive).
- Une amande de 7 500 € pour une personne morale (pouvant aller jusqu’à 15 000 € en cas de récidive).
Comment mettre à jour et conserver son DUERP ?
La mise à jour du DUERP / Quaznd le DUERP est-il obligatoire ?
L’employeur est responsable de la mise en place et de l’actualisation du DUERP. Il doit être mis à jour :
- Au moins une fois par an pour les entreprises de plus de 11 salariés.
- À chaque modification importante des conditions de travail ou d’organisation (introduction de nouvelles machines, réorganisation des tâches, télétravail, etc.).
- Lorsqu’une nouvelle information relative à un risque est identifiée (évolution de la réglementation, survenue d’un accident du travail révélant une faille dans l’évaluation des risques).
Les mises à jour doivent s’accompagner de la mise en œuvre des mesures correctives et préventives adaptées.
Modalités d’accès et conservation
Depuis le 31 mars 2022, le DUERP est soumis à des règles strictes de conservation et d’accessibilité :
- Il doit être conservé pendant 40 ans afin d’assurer une traçabilité des expositions professionnelles.
- Il doit être accessible aux personnes suivantes :
- Les travailleurs et anciens travailleurs, aux représentants du personnel,
- Le service de prévention et de santé au travail,
- Les membres du Comité social et économique (CSE),
- L’inspection du travail et aux organismes de sécurité sociale.
- L’inspection de la radioprotection
- L’employeur doit afficher clairement les modalités d’accès au DUERP afin que les salariés puissent le consulter facilement.
Une version dématérialisée du DUERP est fortement recommandée pour en faciliter la gestion et la diffusion.
Synthèse du DUERP en ESSMS
Le DUERP est un outil indispensable pour la prévention des risques professionnels. Au-delà de l’obligation réglementaire, il permet de structurer une démarche de prévention efficace et adaptée aux réalités de chaque entreprise ou établissement.
L’évaluation n’est pas une fin en soi : si l’on évalue les risques et qu’on les priorise, l’objectif est également de les réduire. Le DUERP doit donc déboucher sur des actions concrètes. On prend des mesures et on réalise un plan de prévention des risques qui regroupe :
- Actions sur l’organisation de l’établissement,
- Actions sur les techniques et les technologies utilisées,
- Actions de formation du personnel.
Cette logique s’inscrit pleinement dans la dynamique du PAPRIPACT (Programme Annuel de Prévention des Risques Professionnels et d’Amélioration des Conditions de Travail).
Dans les ESMS, où la gestion des risques est un enjeu central, il est particulièrement essentiel d’assurer une mise à jour rigoureuse et une mise en œuvre effective des mesures préventives. Des commissions de sécurité doivent également se réunir régulièrement afin de vérifier les conditions de sécurité, formuler des préconisations de travaux et proposer des améliorations continues.
En faisant du DUERP un outil vivant, évolutif et intégré à la gestion des ressources humaines, les employeurs contribuent activement à la protection des travailleurs et à l’amélioration durable des conditions de travail.
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